Vous trouvez ici des mises à jour régulières sur la situation, de même que des évaluations basées sur des enquêtes menées tant auprès des marchés de ST qu’auprès de l’ensemble de la branche, ainsi que des informations sur des ajustements d’activités de ST.

9 juillet 2026

Après les premières hostilités de ce printemps, le conflit avec l’Iran s’est transformé en une guerre, ponctuée de flambées temporaires de violences armées. La situation reste instable, mais le secteur mondial du voyage semble continuer à se détendre. 

La dernière analyse de marché de Suisse Tourisme reste «prudemment optimiste». Les retours d’information actuels en provenance de marchés émetteurs importants tels que l’Amérique du Nord, le Brésil, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, les pays du Benelux ou le Royaume-Uni ne font état d’aucune annulation significative ni d’aucune chute de la demande. En France, où l’on observait depuis le printemps une réticence notable à réserver des voyages, la demande se stabilise progressivement depuis juin.

La Suisse continue de bénéficier de sa réputation internationale de destination touristique sûre, fiable et de grande qualité. Dans les pays germanophones en particulier, la tendance selon laquelle de nombreux voyageurs renoncent aux voyages lointains au profit de destinations européennes se confirme. La Suisse peut en tirer profit.

Région/PaysNuitées de l’hôtellerievs 2025
EUROPE
Suisse21’083’000-0,3%
Allemagne3’938’000+1,9%
Royaume-Uni1’741’000+0,1%
France1’501’000-1,2%
Benelux1’371’000+2,0%
Italie929’000+1,1%
Autres Europe1’575’000+0,8%
Total Europe32’138’000+0,1%
AMÉRIQUES
USA3’724’000+1,3%
Canada365’000+0,8%
Brésil396’000+6,8%
Total Amériques4’485’000+1,7%
ASIE-PACIFIQUE
Chine1’120’000-4,8%
Inde601’000-11,4%
Japon298’000+3,1%
Australie & Nouvelle-Zélande405’000-4,9%
Corée du Sud310’000-12,7%
Asie du Sud-Est556’000-17,6%
Total Asie-Pacifique3’290’000-8,6%
PAYS DU GOLFE / MOYEN-ORIENT
Arabie saoudite327’000-2,6%
Émirats arabes unis275’000-4,8%
Qatar68’000-5,4%
Koweït, Bahreïn & Oman 108’000-9,2%
Total Pays du Golfe778’000-4,6%
TOTAL GÉNÉRAL40’691’000-0,6% 

Des évolutions contrastées en Asie

Sur les marchés asiatiques, la situation est contrastée. Le Japon affiche une évolution particulièrement réjouissante: grâce à l’assouplissement, fin juin, des avertissements aux voyageurs concernant les hubs du Golfe par les autorités japonaises, les voyagistes japonais réintègrent de plus en plus la Suisse dans leurs programmes et font activement la promotion du pays.

En Inde également, la demande s’est nettement redressée. Depuis août, les demandes se situent pratiquement au même niveau que l’année précédente. Parallèlement, on observe une tendance vers des voyages plus longs et de plus haut standing, ce qui va tout à fait dans le sens de Suisse Tourisme. Dans ce contexte, Swiss lancera en octobre une nouvelle liaison directe entre Bengaluru et Zurich, ce qui permettra de relier encore mieux l’Inde à la Suisse.

En revanche, la situation en Corée du Sud reste plus prudente. Bien que l’intérêt pour les voyages en Suisse persiste, de nombreux voyageurs font actuellement preuve de prudence lors des nouvelles réservations.

Le marché du Golfe bénéficie d’une meilleure accessibilité

Les liaisons entre la région du Golfe et la Suisse connaissent également une évolution positive. Les liaisons aériennes entre le Golfe et la Suisse se sont largement normalisées et renforcent durablement la compétitivité de la destination.

Aujourd’hui, six compagnies aériennes du Golfe relient directement la région du Golfe à la Suisse. Cette évolution ne profite pas uniquement aux voyageurs des pays du Golfe. L’amélioration de la connectivité renforce également les correspondances en provenance de marchés importants tels que l’Inde et l’Asie du Sud-Est.

D’autres impulsions positives sont à venir: à compter du 24 octobre, Swiss réintègrera la liaison Zurich–Dubaï dans son réseau.

Sur le marché du Golfe lui-même, le tableau est également contrasté. Alors que la demande en provenance d’Arabie saoudite se maintient globalement au niveau de l’année précédente, les réservations en provenance des Émirats arabes unis, du Koweït et du Qatar restent pour l’instant légèrement en deçà.

Perspectives 2026: une évolution stable comme scénario le plus probable

Pour l’année 2026, Suisse Tourisme a élaboré différents scénarios d’évolution. Le scénario actuellement le plus probable table sur une poursuite de la normalisation des marchés. Sur cette base, on s’attend à ce que le nombre de nuitées se situe entre le niveau de l’année précédente et un recul modéré d’environ 1% (voir graphique).

L’Europe et les marchés américains devraient continuer à faire preuve de résilience et même, dans certains cas, enregistrer une légère croissance. Sur les marchés de l’Asie-Pacifique et du Golfe, les baisses subies au printemps ne pourront plus être compensées ; Suisse Tourisme s’attend à des chutes significatives.

L’évolution géopolitique reste globalement la principale source d’incertitude pour le tourisme. Un cessez-le-feu durable, un passage largement libre dans le détroit d’Ormuz ainsi qu’un prix du pétrole stable sont déterminants pour une demande solide. Les récents développements dans la région du Golfe ne donnent aucune raison d’être optimiste quant à un changement significatif de la situation.

19 juin 2026

Détente en Iran: quelles conséquences pour le tourisme suisse?

Le 17 juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont convenu, dans le cadre d’un protocole d’accord, de prolonger le cessez-le-feu en vigueur. Cet accord vise notamment à mettre fin au blocus du détroit d’Ormuz, qui dure depuis quatre mois. La perturbation engendrée par le blocus avait considérablement fait grimper les prix de l’énergie dans le monde entier et avait ainsi entraîné des difficultés structurelles pour le trafic aérien, la croissance économique mondiale et la confiance des consommateurs.

Le protocole d’accord ouvre une fenêtre de négociation de 60 jours, laissant ainsi l’évolution de la situation en suspens. Par ailleurs, la question du retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban reste un facteur d’instabilité persistant. Les prévisions concrètes doivent donc être formulées avec réserve.

Néanmoins, Suisse Tourisme table sur un contexte nettement plus favorable pour le second semestre 2026 et l’année suivante. Les scénarios annuels globaux ont été adaptés en conséquence, le scénario de base est nettement plus positif.

Évolution du marché par région d’origine

Une croissance positive des nuitées est attendue pour l’ensemble de l’année en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord. Le marché domestique reste stable à un niveau élevé.

En ce qui concerne la région Asie-Pacifique et la région du Golfe, les baisses sont certes moins importantes qu’initialement prévu, mais l’effet de reprise n’est pas suffisant pour compenser les reculs enregistrés. La situation est aggravée, sur certains marchés asiatiques et dans la région du Golfe, par des capacités limitées en matière de délivrance de visas ; sur le marché indien, la haute saison est déjà terminée.

Les prévisions des nuitées de l’hôtellerie pour l’ensemble de l’année 2026 se présentent désormais comme suit:

Régionvs 2025
Europe (y compris Suisse)+0.5%
Suisse+0.0%
Amériques+1.2%
Asie-Pacifique (total)-3.3%
Chine-1.5%
Inde-7.5%
Asie du Sud-Est-11.0%
Japon+1.5%
Corée du Sud-5.0%
Australie/Nouvelle-Zélande-1.0%
Pays du Golfe (total)-15.8%
Émirats arabes unis-17.2%
Arabie saoudite-8.8%
Qatar-18.8%
TOTAL-0.3%

Normalisation partielle

Le trafic aérien vers la région du Golfe s’est largement normalisé. En revanche, les liaisons aériennes vers l’Asie restent limitées ou nécessitent encore des détours, car seules quelques compagnies aériennes empruntent l’espace aérien iranien. Les liaisons directes nouvellement mises en place ou renforcées entre la Suisse et l’Inde ou la Chine, lancées ces dernières semaines, apportent une solution partielle.

Rétrospectivement, la période de février à juin 2026 a été marquée, pour le tourisme entrant en Suisse, par trois facteurs essentiels: des capacités aériennes réduites en provenance de la région du Golfe (partiellement rétablies), une confiance des consommateurs en berne en raison de la hausse des prix de l’énergie, ainsi qu’un franc suisse tendant à se raffermir.

Il ne faut pas s’attendre à une normalisation complète des prix des carburants à court terme. La Suisse reste néanmoins une destination très prisée – ce qui témoigne de la force et de la résilience de notre offre. De plus, la diminution des risques géopolitiques devrait atténuer les pressions à la hausse sur le franc.

Perspectives

L’expérience montre qu’une amélioration du moral des entreprises et des consommateurs ne se traduit par une plus grande propension à voyager qu’avec un décalage d’un à trois trimestres. Pour 2026, Suisse Tourisme table donc sur un résultat globalement solide, mais en légère baisse.

29 mai 2026

Le secteur touristique suisse aborde l’été avec plus de confiance

Le secteur touristique suisse envisage l’été 2026 avec plus de confiance qu’il y a un mois. C’est ce que révèle la dernière enquête de Suisse Tourisme, qui dresse un tableau représentatif du sentiment dans le secteur touristique suisse. Il en ressort que, malgré les répercussions persistantes du conflit en Iran, l’optimisme a sensiblement augmenté par rapport aux trois premières enquêtes.

L’Asie et les pays du Golfe rattrapent leur retard, les marchés européens restent un pilier

Cela s’explique d’une part par le fait que les baisses des nuitées ou du nombre de visiteurs, qui étaient considérables peu après le déclenchement du conflit en Iran, s’atténuent désormais nettement. Les marchés de l’Inde, de l’Asie du Sud-Est et des pays du Golfe, en particulier, ont enregistré des baisses marquées en raison du conflit. Mais depuis, les compagnies aériennes du Golfe ont relancé leurs offres, et de nouvelles liaisons directes supplémentaires ont été mises en place entre la Suisse et l’Inde. De plus, dans les pays du Golfe et en Asie Orientale, la haute saison touristique n’a pas encore commencé.

D’autre part, la bonne santé des marchés émetteurs européens stabilise la situation. Une légère croissance est attendue pour l’été sur l’ensemble de ces marchés.

En conséquence, les perspectives du secteur touristique suisse pour la saison estivale à venir se sont nettement améliorées, en particulier pour les marchés émetteurs d’Asie et du Moyen-Orient, ainsi que pour l’Amérique du Nord, où l’on s’attend désormais à une stabilisation ou même à une croissance. En ce qui concerne la demande en provenance de Suisse et d’Europe, on prévoit une solide augmentation du nombre de nuitées et/ou des réservations.

Il faut certes s’attendre à des baisses importantes en provenance d’Asie et du Moyen-Orient. Les destinations touristiques qui misent fortement sur les visiteurs de ces régions du monde sont confrontées à d’importants défis. Mais après les baisses brutales enregistrées au printemps, plusieurs entreprises font tout de même état de carnets de réservations bien remplis pour les mois à venir.

Dans plusieurs régions touristiques suisses, le conflit en Iran «ne joue pratiquement aucun rôle» et l’on envisage l’été «sereinement et avec optimisme».

De plus, la question de la pénurie de kérosène a récemment moins obtenu d’attention dans les médias. Des acteurs tels que le groupe Lufthansa, dont fait partie Swiss, ont clairement indiqué que l’approvisionnement en kérosène était assuré pour la saison estivale. De plus, la capacité de production de kérosène dans les raffineries a été augmentée, ce qui atténue la pression sur les prix. Cela contribue à améliorer le moral des consommateurs.

«On va certainement dans la bonne direction et un bon rebond semble se dessiner», estime une représentante du secteur. Il est question d’une reprise de la croissance pour la première fois, après près de trois mois d’évolution négative suite à la guerre en Iran.

La pression à agir liée au conflit s’atténue

Cette détente progressive se traduit également par le fait que nettement moins d’entreprises qu’il y a un mois envisagent de modifier leurs budgets ou leurs stratégies marketing en raison de la guerre en Iran. Environ un tiers des entreprises interrogées ont déjà pris des mesures – mais près de la moitié ne ressentent aucune pression à agir.

Mesures exceptionnelles en recul

Un autre indicateur de la normalisation réside dans le retour à des conditions d’annulation normales. C’est surtout lors de l’escalade aiguë du conflit en mars 2026 que de nombreux voyagistes, compagnies aériennes et, dans certains cas, hôtels ont temporairement assoupli leurs règles. Entre-temps, certaines de ces mesures exceptionnelles sont à nouveau restreintes ou arrivent à expiration.

Cela dit, de nombreuses entreprises restent plus flexibles qu’elles ne l’étaient avant la pandémie de Covid ou avant le conflit avec l’Iran.

Dans le secteur MICE (Meetings, Incentives, Congresses, Events), la situation n’a en revanche pas fondamentalement changé. 78% des activités MICE en Suisse se déroulent comme d’habitude, tandis que certaines entreprises ont dû faire face à des annulations ou à des reports d’événements prévus. Certaines ont toutefois réussi à décrocher des contrats pour des événements initialement prévus hors de Suisse, dans des zones touchées par le conflit.

22 mai 2026

Situation inchangée dans les marchés 

Le tableau ci-dessous résume les indications provenant des différents marchés. Vous trouverez des explications détaillées juste en dessous. Le sentiment décrit la situation actuelle, tandis que les prévisions portent sur l’ensemble de l’année 2026.

MarchéSentimentPoints clésPrévision
Marché domestique (CH)▲ positifCroissance des nuitées hôtelières en avril selon les premières tendances de l’OFS.-1%
France~ prudentBaisse de l’activité touristique, tendance à la hausse pour les destinations proche et sûres – la Suisse en profite.-3%
Allemagne▲ positifDéplacement de la demande en faveur de la Suisse, avec une légère croissance attendue, mais aussi une certaine volatilité.+1%
Royaume-Uni▲ positifOptimisme prudent ; les produits STP, en particulier, se vendent très bien.+1%
Amérique du Nord▲ positifPour l’instant, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. La situation pourrait toutefois évoluer rapidement en fonction du contexte géopolitique.-1%
Brésil▲ positifLa Suisse comme alternative premium et sécuritaire à Dubaï ; les clients fortunés sont disposés à payer le prix fort pour ce sentiment de sécurité.+3%
Chine▲ positif  «Greater China» (à l’exception de Taïwan) est actuellement en forte progression. Aucun impact significatif attendu.-3%
Inde▼ négatif  Tendance à l’attentisme, réservations reportées à l’automne. Les voyageurs individuels restent stables, les groupes sont en baisse de 70%.-22%
Japon~ prudentAvertissement de voyage concernant les hubs du Golfe ; intérêt MICE pour la Suisse comme destination alternative.-15%
Asie du Sud-Est▼ négatifFrein lié à la situation économique ; prix élevés des vols directs ; l’Indonésie et les Philippines sont les plus touchés.-24%
Australie Nouvelle-Zélande~ prudentLes compagnies aériennes du Golfe reprennent leurs opérations ; les avertissements de voyage des autorités restent un frein ; le segment du luxe demeure résilient.-20%
Pays du Golfe~ prudent  Réservations estivales positives ; comportement de réservation spontané ; liaisons aériennes via les compagnies locales et Turkish Airlines.-27%

Pas de scénario catastrophe, pas d’embellissement de la réalité

La situation dans le conflit iranien est dans l’impasse depuis plusieurs semaines. L’évaluation transmise par les marchés émetteurs à propos des effets du conflit sur la demande touristique en Suisse n’a pratiquement pas changé.

En raison des prix durablement élevés du carburant, qui font grimper le prix des billets d’avion à long terme, on constate une nette retenue dans les réservations de vacances. Certains acteurs touristiques suisses s’attendent désormais à un impact négatif sur les résultats pour l’ensemble de l’année 2026.

La dernière analyse de Suisse Tourisme confirme que la demande en provenance de certains marchés devrait probablement être négative sur l’ensemble de l’année. Malgré cela, le climat général reste remarquablement résilient. Malgré toutes les incertitudes, les marchés demeurent en grande majorité positifs.

Étant donné que davantage de Suissesses et Suisses ainsi que d’Européennes et Européens devraient passer leurs vacances à proximité de leur domicile, les éventuels reculs des marchés d’outre-mer pourront être partiellement compensés. La Suisse dispose de solides atouts en tant que destination politiquement stable et facilement accessible, alors que les voyageurs sont de plus ne plus à la recherche de sécurité et de stabilité.

Les observations suivantes des principaux marchés touristiques émetteurs montrent concrètement comment la guerre en Iran influence les comportements de réservation, les flux de voyageurs et la demande pour la Suisse, complétées par une prévision actuelle pour l’ensemble de l’année.

Selon les premières estimations de l’Office fédéral de la statistique concernant les nuitées du mois d’avril, le marché intérieur enregistre une croissance, ce qui est positif.

L’activité touristique devrait diminuer cet été. L’incertitude entraîne une attitude attentiste et un renoncement aux voyages vers les destinations lointaines et le Moyen-Orient. La demande pour des destinations sûres et proches est élevée – principalement pour le bassin méditerranéen, dont la Suisse profite également.

On observe également un déplacement de la demande en Allemagne : la stabilité et la sécurité deviennent des critères centraux dans la planification des voyages. L’Europe, et donc aussi la Suisse, bénéficie d’une attention accrue au détriment des destinations lointaines. Pour cette raison, nous attendons une stabilité, voire une légère croissance en provenance d’Allemagne, même si cela s’accompagne d’une plus grande volatilité (réservations de dernière minute).

Jusqu’à présent, l’année 2026 s’est déroulée de manière satisfaisante, voire très satisfaisante. Les nuitées hôtelières ont été nombreuses en mars, et les ventes actuelles de « Swiss Travel Pass » sont tout aussi prometteuses. Les transports publics sont donc très demandés ; le Royaume-Uni représente désormais le troisième marché en termes de titres de transport, après les États-Unis et l’Inde. Notre bureau de Londres reste prudemment optimiste.

Les hubs du Golfe ne jouent aucun rôle pour les voyageurs nord-américains se rendant en Suisse ; les facteurs déterminants sont plutôt la hausse des prix des billets d’avion ou, de manière générale, l’augmentation du coût de la vie. De plus, un sentiment d’incertitude influence actuellement la planification des vacances. Malgré cela, nos bureaux sur place ne constatent pour l’instant aucune perturbation majeure du comportement de réservation et de voyage en provenance des États-Unis et du Canada.

La Suisse est de plus en plus perçue comme une destination sûre alternative à Dubaï et à des destinations similaires, notamment dans le segment premium et luxe. Le Japon et le Portugal sont également mentionnés dans ce contexte. Les Brésiliens et Brésiliennes qui epuvent se le permettre sont disposés à payer pour des destinations politiquement stables (« la sécurité comme luxe »). Les risques liés aux prix du carburant et des billets d’avion freinent toutefois le sentiment général lié aux voyages.

La haute saison touristique en « Grande Chine » n’a pas encore commencé. Les liaisons aériennes directes existantes et celles prévues depuis la Chine continentale vers Zurich et Genève sont prometteuses. Certaines régions suisses, comme Zurich, signalent actuellement une augmentation des nuitées chinoises.
Taïwan dépend fortement des hubs du Golfe ; des reculs y sont donc probables.

Les voyageurs individuels aisés maintiennent largement leurs projets de voyage. En revanche, les voyages de groupe enregistrent une chute radicale (jusqu’à -70%), car beaucoup de voyageurs suivent les recommandations du Premier ministre, qui préconise de renoncer temporairement aux voyages à l’étranger. Les réservations tendent à être reportées à l’automne. Les prix des vols continuent d’augmenter, à l’exception des compagnies aériennes du Golfe. Air India connaît des annulations en raison des prix du carburant et des restrictions de l’espace aérien.

Le gouvernement continue de déconseiller les voyages via les hubs du Golfe ; la vente de tels voyages est interdite. Les vols directs profitent principalement aux voyageurs de la région de Tokyo. Dans le secteur MICE, on constate un intérêt marqué pour la Suisse comme destination alternative aux pays du Golfe.

La situation économique générale pèse sur le moral des consommateurs. Les prix des vols directs restent élevés, même si les compagnies du Golfe ont repris leurs activités. L’Indonésie et les Philippines sont les plus touchées ; la Malaisie et Singapour se montrent plus résilients grâce à des monnaies plus fortes et un pouvoir d’achat plus élevé.

Les compagnies aériennes du Golfe reprennent progressivement leurs activités et misent sur des prix attractifs comme stratégie commerciale. Cependant, les avertissements de voyage officiels concernant les pays du Golfe restent en vigueur et empêchent toute couverture d’assurance pour ces vols. Les clients les plus fortunés disposent du pouvoir d’achat nécessaire pour emprunter des itinéraires alternatifs plus coûteux. Globalement, de nombreux projets de voyage sont reportés à l’automne.

Les perspectives pour les réservations estivales sont positives. Sans surprise, le comportement de réservation reste spontané et de dernière minute, y compris pour l’obtention rapide des visas. Les liaisons aériennes vers l’Europe et la Suisse sont maintenues par les compagnies locales ainsi que par Turkish Airlines.

30 avril 2026

Conflit en Iran et tourisme suisse: impacts actuels et attendus

Le conflit en Iran se trouve actuellement dans une phase qui s’apparente moins à une «guerre ouverte» qu’à une situation rappelant la guerre froide: sanctions financières, blocus maritimes, nombreuses discussions, mais peu de résultats. Une issue rapide à cette situation de blocage tendue ne semble pas en vue. Même si le conflit devait rester latent à court terme et que le détroit d’Ormuz devenait prochainement à nouveau praticable, les prix élevés de l’énergie et les pénuries de carburant devraient encore persister plusieurs mois.

Il est désormais clair que ce conflit ne sera pas un simple épisode passager. La 3e enquête sectorielle de Suisse Tourisme met nettement en évidence que l’imprévisibilité de l’évolution de la situation pèse de plus en plus sur le secteur du tourisme. Cela entraîne une augmentation notable des ajustements des activités en termes de marketing et de marchés ou du point de vue de l’allocation des ressources, bien plus fréquents qu’il y a deux semaines.

Impacts dans le domaine MICE

Nous avons également analysé les effets dans le domaine MICE (Meetings, Incentives, Congresses & Events). Le conflit crée surtout de l’incertitude auprès des entreprises au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Asie, ce qui entraîne des annulations ou des re-localisations d’événements.

Parallèlement, la demande en provenance d’Europe, d’Amérique du Nord et de Chine reste stable, la Suisse continuant d’y être perçue comme une destination sûre, fiable et de grande qualité. Toutefois, les processus de décision s’allongent actuellement en raison des coûts et du manque de sécurité en matière de planification. Des opportunités apparaissent de manière sélective : par exemple, des planificateurs d’événements au Royaume-Uni envisagent la Suisse comme alternative pour des voyages de motivation ou des congrès initialement prévus au Moyen-Orient. Les groupes asiatiques reportent leurs voyages plutôt que de les annuler, ce qui permet de préserver, voire d’augmenter, le volume d’affaires prévu.

La stabilité a un effet positif sur l’envie de voyager

Au niveau macroéconomique, la situation présente un tableau contrasté, mais globalement encourageant. Plusieurs aéroports européens – dont celui de Zurich – ont enregistré en mars 2026, durant le premier mois suivant le début du conflit, une hausse continue du nombre de passagers par rapport à l’année précédente. L’envie fondamentale de voyager semble donc toujours bien présente. Mais quelles sont les destinations qui en bénéficient ?

Cette évolution dépend fortement des marchés. Certains marchés émetteurs ont enregistré un net recul, tandis que d’autres ont connu une progression – nous communiquerons le bilan définitif du mois de mars la semaine prochaine.

Des baisses ont d’abord été observées en provenance des pays du Golfe et de certaines régions d’Asie. L’offre de sièges entre les principaux hubs du Moyen-Orient et la Suisse reste réduite. Plusieurs liaisons directes au départ de Zurich – notamment Swiss vers Dubaï et Tel-Aviv ainsi qu’Edelweiss vers Oman – ont été suspendues ou supprimées, limitant ainsi les possibilités de voyage. Les compagnies aériennes du Golfe telles qu’Emirates, Etihad, Qatar Airways ou Saudia maintiennent leurs opérations sous une forme légèrement réduite. La réduction des liaisons avec le Moyen-Orient est partiellement compensée par un développement ciblé de l’offre vers l’Asie, notamment vers l’Inde et la Chine.

La forte hausse des coûts pèse toutefois particulièrement sur le transport aérien dans le domaine du tourisme de loisirs. Depuis le début du conflit, le prix du kérosène a plus que doublé. Les prix des billets d’avion ont déjà augmenté, et d’autres augmentations sont attendues au cours des deux à trois prochains mois, les programmes de couverture de carburant des compagnies aériennes ne permettant d’amortir les surcoûts que de manière limitée.

La perspective de prix nettement plus élevés ainsi que la crainte de pénuries de carburant freinent l’envie de voyager, en particulier pour des destinations lointaines. Cela se reflète notamment dans les chiffres des grandes plateformes de réservation. Booking Holdings, par exemple, a certes enregistré une croissance de 6% des nuitées au premier trimestre 2026 par rapport à l’année précédente, mais a cette croissance a, cependant, été ralentie de deux pourcents «liés au conflit» par rapport aux prévisions.

Booking Holdings s’attend néanmoins à ce que la demande mondiale de voyages ne s’effondre pas, mais se réoriente : les voyageurs se tournent davantage vers des destinations perçues comme sûres et stables – une tendance dont la Suisse peut tirer parti.

Le baromètre des vacances 2026 d’Europ Assistance souligne également qu’en Suisse, les aspects liés à la sécurité et aux coûts gagnent en importance. Près d’un cinquième des Suisses interrogés prévoient ainsi de passer leurs vacances dans leur pays.

Bien qu’il s’agisse actuellement de la plus grande crise touristique depuis le Covid, son ampleur n’est absolument pas comparable à celle de la pandémie. Voyager reste possible.

Apostolos Tzitzikostas
© European Union, 2026 (CC BY 4.0)

Dans un discours prononcé le 29 avril, le commissaire européen au tourisme, Apostolos Tzitzikostas, a appelé les voyageurs à maintenir leurs projets de vacances comme prévu. Il a assuré qu’il n’y avait pas de pénurie de carburant aérien et que les voyageurs seraient protégés en cas de perturbations.

Suisse Tourisme continue d’analyser la situation et examine, en étroite coordination avec ses partenaires, si et dans quels domaines des mesures marketing doivent être adaptées. La semaine prochaine, nous fournirons des informations plus détaillées concernant nos scénarios et mesures.

24 avril 2026

Situation incertaine au Moyen-Orient : un défi pour le secteur du voyage

Le conflit au Moyen-Orient n’est toujours pas résolu. Le secteur du tourisme est confronté à une épreuve durable.

Suisse Tourisme agit activement et avec détermination dans la situation actuelle. Grâce à une présence étendue, avec 35 bureaux sur 21 marchés, nous disposons d’une vue d’ensemble complète. Voici les principaux retours de nos marchés sources :

1 Europe (vue d’ensemble)

Le « nearshoring » et les « staycations » influencent les flux touristiques et favorisent les destinations proches comme la Suisse.

Les voyages sont planifiés de manière plus flexible ; certains séjours estivaux sont reportés à l’automne.

Allemagne

  • Forte hausse de la demande pour des alternatives aux destinations lointaines, sûres et facilement accessibles.
  • L’Europe centrale et l’arc alpin sont activement recherchés et davantage demandés.

Royaume-Uni

  • Des vols supplémentaires de SWISS et Edelweiss renforcent l’accessibilité de la Suisse.
  • Intérêt en croissance du secteur MICE britannique pour la Suisse. Le positionnement comme destination de remplacement pour les événements devant avoir lieu dans les pays du Golfe gagne en importance.

France

  • Les réservations vers le Moyen-Orient et l’Extrême-Orient sont souvent annulées ou non effectuées.
  • Report de la demande vers les voyages domestiques ou d’autres destinations européennes.

2 Marché domestique suisse

  • Concurrence très intense pour attirer les clients suisses depuis l’Europe et les marchés lointains.
  • Le « staycation » reste un facteur important sur le marché intérieur.
  • Les destinations long-courriers, par exemple dans l’océan Indien, restent très présentes grâce à l’extension des vols directs.
  • Nous supposons qu’en raison de l’incertitude générale, davantage de Suisses passeront leurs vacances (d’été) en Suisse.

3 Asie-Pacifique (vue d’ensemble)

  • Climat de voyage globalement prudent et marqué par l’incertitude.
  • Les avertissements officiels concernant les voyages dans la région du Golfe compliquent la vente de vols avec escale.
  • Les tendances au « nearshoring » et aux « staycations » impactent négativement les voyages long-courriers vers l’Europe.
  • La Suisse perd temporairement en compétitivité face à des destinations plus proches.

Chine

  • Approvisionnement en kérosène relativement robuste.
  • L’offre de vols directs vers l’Europe est bonne et continue de se développer.
  • Potentiel de reprise du marché existant, dépendant de l’évolution des prix et du sentiment des consommateurs.

Inde

  • Le fonctionnement des hubs du Golfe est crucial pour ce marché.
  • Le segment intermédiaire et les voyages de groupe sont particulièrement touchés.
  • Les voyages en Europe sont souvent reportés.
  • L’Asie du Sud-Est et l’Extrême-Orient sont des alternatives fortes, attractives en termes de prix et très présentes médiatiquement.

Japon

  • Les vols directs vers l’Europe sont activement promus et privilégiés.
  • Les vols avec correspondance via le Golfe ne peuvent pas être commercialisés en raison des avertissements de voyage.
  • Le début de la haute saison en mai accroît la pression temporelle.
  • Risque d’annulations dans le segment des groupes si les correspondances via le Golfe ne sont pas rapidement rétablies.

4 États du Golfe

  • Retour en grande partie à la normale.
  • Les compagnies aériennes locales reprennent leurs fréquences habituelles, tandis que les compagnies occidentales restent absentes.
  • Le taux de remplissage des vols vers l’Europe est déjà en partie bon.
  • Fort intérêt pour les vacances d’été en Europe (fuite de la chaleur) et en Asie. La principale période de voyage débute en juillet avec les vacances scolaires.
  • Les clients fortunés voyagent déjà à nouveau activement vers l’Europe.

5 Amériques

États-Unis

  • La demande globale reste solide malgré des ajustements de l’offre aérienne. Les réductions de vols, par exemple d’Edelweiss, sont principalement liées à des raisons de coûts et à une baisse de la demande depuis la Suisse, et non à un manque d’intérêt des États-Unis.
  • Peu d’annulations, mais davantage de réservations de dernière minute.
  • Fort intérêt pour les voyages à la fin de l’été et en automne.

Brésil

  • Dans le segment luxe, fort intérêt pour des alternatives au Moyen-Orient.
  • La Suisse et les Alpes suisses apparaissent particulièrement attractives comme destination premium sûre.
  • Bon potentiel de positionnement dans les segments haut de gamme et individuel.

6 Conclusion

L’incertitude globale en matière de voyage se reflète dans le fait que la demande pour les vacances d’été 2026 reste, à l’échelle mondiale, inférieure à celle de l’année précédente. La dynamique des réservations demeure prudente.

La question de l’approvisionnement en carburant est source d’une incertitude supplémentaire. À ce sujet, voici quelques précisions :

Cette attention est globalement justifiée, mais la situation fait l’objet d’interprétations très divergentes et est parfois dramatisée dans les médias. Elle diffère également fortement d’un marché à l’autre. Si la situation géopolitique dans le détroit d’Ormuz devait s’aggraver ou que le passage restait fermé, les experts du secteur aérien estiment que l’Afrique serait la première touchée par une pénurie de kérosène, suivie des Philippines et de la Thaïlande.

Ce que fait Suisse Tourisme

ST a procédé à une analyse approfondie et réfléchie, et est ainsi parvenue à la conclusion que toutes les activités marketing globales seront poursuivies comme prévu. Il n’y a aucune raison d’interrompre, de réduire ou de réorienter l’engagement à l’échelle mondiale. Les perspectives pour l’ensemble de l’année 2026 restent stables compte tenu des circonstances ; la situation actuelle n’entraîne pas de perturbations structurelles comme ce fut le cas pendant la pandémie.

Parallèlement, ST reconnaît que les impacts varient selon les régions et adapte ses mesures en conséquence.

Suisse, Europe ainsi que partiellement Amérique du Nord, Chine et Inde

  • ST renforce de manière ciblée ses activités afin d’exploiter pleinement les opportunités de marché.
  • L’accent est clairement mis sur les mesures de vente ainsi que sur les périodes estivales et automnales.
  • Les marchés pilotent activement ces actions et restent en étroite coordination avec leurs partenaires.

États du Golfe

  • ST décide au cas par cas, de manière cohérente, quelles activités doivent être mises en œuvre, adaptées, reportées ou suspendues.
  • Chaque décision est prise d’un commun accord avec le marché, sur la base de données et en étroite concertation avec les partenaires.

17 avril 2026

Pourquoi le tourisme continue de naviguer à vue

Le conflit avec l’Iran dure déjà depuis près de 50 jours. Le tourisme mondial demeure confronté à de fortes incertitudes.

Trafic aérien
Le blocage du détroit d’Ormuz a entraîné une pénurie importante de l’approvisionnement mondial en kérosène, qui met fortement sous pression les opérations des compagnies aériennes et a un impact direct sur les prix des billets ainsi que sur l’offre de vols.

Les compagnies aériennes adaptent en permanence leurs réseaux de vols. SWISS, par exemple, a redirigé des capacités de Dubaï et Tel-Aviv vers l’Inde et élargi son offre européenne avec 74 rotations supplémentaires. Edelweiss a supprimé des vols vers Denver et Seattle aux États-Unis et réduit les liaisons vers Las Vegas. Cela montre clairement que les liaisons aériennes deviennent de plus en plus volatiles en termes de destinations et de prix.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) met même en garde contre d’importantes pénuries de kérosène en Europe dans environ six semaines – soit avant les vacances d’été. Néanmoins, les stocks obligatoires en Suisse couvrent quatre mois et demi pour l’essence et le diesel, et trois mois pour le kérosène.

Le Fonds monétaire international (FMI) avertit quant à lui que les prix élevés du carburant persisteront encore longtemps, même après une éventuelle réouverture du détroit – un problème structurel de coûts qui continuera de peser sur le tourisme.

Données de la 2e enquête de Suisse Tourisme
A quoi la branche du tourisme suisse s’attend-t-elle ? La 2e enquête de ST, réalisée auprès des partenaires du 9 au 15 mars 2026, qui a permis de récolter 122 réponses complètes, montre clairement que c’est surtout l’incertitude qui pèse le plus sur les entreprises interrogées:

La hausse des prix ainsi que la part croissante de réservations à court terme, qui compliquent la planification, figurent également en bonne place sur ce «baromètre des préoccupations». La part des partenaires interrogés qui ne se considèrent «pas du tout concernés» a reculé de 22 à 15% par rapport à la première enquête.

Si l’on examine les effets du point de vue des marchés, le tableau est le suivant :

Il apparaît clairement – et de manière réjouissante – que les réservations en provenance de Suisse et des marchés européens ont à nouveau augmenté au cours des deux dernières semaines. Cela vaut également pour le continent américain, tandis les réservations d’hôtes d’Asie/Pacifique et du Moyen-Orient continuent de reculer.

Toutefois, lorsque l’on considère l’évolution de la situation à trois mois, le tableau change. La branche semble s’attendre à une légère amélioration sur ces derniers marchés, tandis que les réservations en provenance du continent américain – principalement influencées par les Etats-Unis – reculeraient.

L’incertitude influence l’attentisme des prestataires interrogés. La part des entreprises qui n’ont encore pris aucune mesure en termes de marketing ou de budget pour réagir à la situation est pratiquement identique à celle d’il y a deux semaines.

Il reste difficile d’estimer combien de temps le conflit va encore durer. Pour le tourisme suisse, cela signifie que les marchés de proximité européens, le continent américain et les liaisons directes avec la zone Asie-Pacifique constituent actuellement les piliers sur lesquels la planification stratégique doit s’appuyer.

La branche aurait tout intérêt à prévoir des moyens supplémentaires et à préparer des mesures d’activation permettant un ajustement rapide dès que des signaux fiables d’une détente apparaîtront. Suisse Tourisme élabore actuellement un plan visant à anticiper les pertes au moyen de mesures promotionnelles tactiques ciblées. Nous communiquerons à ce sujet lors de la prochaine mise à jour du 24 avril.

10 avril 2026

Conséquences du conflit: mise à jour

La guerre en Iran, qui a débuté il y a 42 jours, demeure un conflit non résolu et fortement perturbateur. Elle a déjà entraîné d’importantes répercussions sur le tourisme mondial, notamment des dizaines de milliers d’annulations de vols, des pertes de revenus quotidiennes considérables dans plusieurs marchés touristiques, ainsi qu’un redéploiement massif des voyageurs à l’échelle internationale. Le cessez-le-feu actuel n’offre qu’un répit fragile, et non une véritable résolution, les tensions sous-jacentes et les risques d’approvisionnement persistant.

À l’échelle mondiale, la volatilité des prix du pétrole et le redéploiement des vols redessinent les flux touristiques et limitent l’accessibilité. Malgré le cessez-le-feu annoncé cette semaine, les déplacements via le Golfe devraient rester contraints dans les mois à venir, ce qui offre aux aéroports asiatiques – notamment en Inde et en Chine – une opportunité de gagner en visibilité. Parallèlement, les pénuries de pétrole déclenchées par la guerre en Iran se propagent à l’échelle mondiale, provoquant des perturbations successives de l’approvisionnement qui, dans certaines régions, commencent à immobiliser des camions, à clouer des navires au port et des avions au sol.

En Europe, la concurrence pour attirer les touristes devrait s’intensifier. Jusqu’à présent, à l’exception de Chypre, située à proximité de la zone de risque perçue en Méditerranée orientale, aucun programme national de relance touristique ni aucune mesure de financement d’urgence spécifiquement liés au conflitn’ont été signalés. Les offices nationaux du tourisme restent pour en position d’attenteet d’observation. À mesure que le conflit se prolonge, l’urgence de réallouer les budgets dédiés aux activités de marketing touristique s’accentue.

Chez Suisse Tourisme, nous avons actualisé nos scénarios d’évolution comme suit :

Le scénario de base prévoit des négociations prolongées, avec un cessez-le-feu partiel qui se maintient, mais sans véritable avancée. Les tensions persistent, les prix du pétrole restent élevés au-dessus de leurs niveaux médians à long terme et la croissance mondiale – en particulier en Asie – ralentit modérément, pesant sur la demande touristique sans provoquer d’effondrement. Nous estimons actuellement la probabilité de ce scénario entre 45% et 50%.

Le scénario optimiste (“Best Case”) repose sur une issue diplomatique positive, dans laquelle les deux parties assouplissent leurs positions et parviennent à un accord plus large. La stabilité revient progressivement, les prix du pétrole se détendent et la confiance dans les voyages repart à la hausse, soutenant une reprise des flux touristiques internationaux. Des reculs légers en Asie et dans les pays du Golfe seraient certes encore observés, mais la croissance en Europe en compenserait l’effet globalement négatif. Nous estimons actuellement la probabilité de ce scénario entre 40% et 45%.

Le scénario pessimiste (“Worst Case”) envisage un échec des négociations et une nouvelle escalade, en particulier au Liban. Une éventuelle fermeture de routes maritimes clés entraînerait une forte hausse des prix du pétrole, augmentant encore les coûts de voyage et provoquant une baisse significative du tourisme, en particulier en Asie et sur les marchés lointains. Nous estimons actuellement la probabilité de ce scénario entre 10% et 15%.

Examinons à présent de plus près les différents marchés. Nous avons recueilli les retours de nos 35 bureaux répartis sur 21 marchés, qui ont eux-mêmes échangé avec des tour-opérateurs locaux.

Le tableau d’ensemble est contrasté: les marchés de proximité et les Amériques restent relativement stables, tandis que la région Asie-Pacifique et les pays du Golfe sont encore fortement affectés par la situation au Moyen-Orient. Dans la plupart des marchés, le principal enjeu n’est pas une vague d’annulations, mais un net ralentissement des nouvelles réservations, en particulier pour les mois de mai et juin ainsi que pour les voyages de groupe.

La Chine demeure le marché lointain le plus résilient pour la Suisse en Orient. Les vols directs vers Zurich offrent une protection contre les perturbations des hubs, et presque tous les key accounts anticipent une activité stable ou en croissance pour la Suisse au cours des deux prochaines années. Le principal frein reste la sensibilité aux prix, mais la demande pour des expériences sûres et haut de gamme demeure forte.

L’Inde est le marché le plus fortement impacté en Asie-Pacifique. La perte de connectivité via les hubs du Moyen-Orient a durement affecté la haute saison des réservations, avec pratiquement aucune nouvelle réservation en mai ainsi qu’une forte baisse des demandes de visas Schengen et de la demande de groupes. La Suisse conserve toutefois un fort pouvoir d’attraction auprès des voyageurs à haut pouvoir d’achat ainsi que pour les voyages individuels déjà réservés (FIT).

En Asie du Sud-Est, l’attitude est attentiste. De nombreux voyageurs reportent leurs projets plutôt que de les annuler, mais la demande MICE s’est affaiblie et une partie de l’activité se redirige vers d’autres destinations. Une reprise reste possible, mais son calendrier demeure incertain et la concurrence avec d’autres régions s’intensifie.

La région du Golfe pourrait avoir atteint un tournant après le cessez-le-feu, avec les premiers signes d’une reprise des actions promotionnelles de la part des agences. Toutefois, la demande réelle reste proche de zéro et d’importants obstacles structurels subsistent, notamment des réticences d’ordre moral, les calendriers scolaires et un sentiment d’insécurité persistant. Une reprise est possible, mais elle sera probablement rapide, à court terme et inégale.

Les États-Unis restent structurellement résillients et n’enregistrent aucune annulation pour la Suisse sur l’ensemble de la période observée. Le ralentissement actuel concerne principalement les nouvelles réservations, davantage par prudence que par manque d’intérêt. Cela positionne favorablement la Suisse dès que la confiance reviendra.

En Suisse, de multiples sources fiables indiquent que les voyageurs suisses se détournent des destinations lointaines et liées au Moyen-Orient pour privilégier de plus en plus des alternatives plus proches et plus sûres en Europe. Cela indique que le tourisme domestique pourrait bénéficier d’un effet de substitution similaire.

En résumé: malgré un contexte global morose, Suisse Tourisme dispose encore de plusieurs atouts. L’image de destination sûre de la Suisse agit de plus en plus comme facteur de conversion sur plusieurs marchés. Dans un environnement difficile, cela constitue un avantage concurrentiel significatif. Lorsque la confiance reviendra, la Suisse sera bien positionnée pour en tirer rapidement profit.

Suisse Tourisme est prête à faire face à tous les scénarios. Nous sommes en mesure de lancer des initiatives marketing ciblées à tout moment. Nous sommes, pour ainsi dire, dans les starting-blocks, en attente du bon moment pour agir.

2 avril 2026

Conséquences du conflit: chiffres issus de la première enquête de ST

La première phase du conflit en Iran a été marquée par des restrictions opérationnelles : fermetures de liaisons aériennes, vols déroutés, annulations de dernière minute. Cet aspect reste d’actualité, mais il n’est plus prépondérant. Ce qui se dessine, c’est un changement plus profond et plus structurel: les décisions de voyage sont de plus en plus influencées par des facteurs de hausse des prix – pour les billets d’avion, du carburant et du coût de la vie en général, qui pèsent sur les budgets de voyage. À cela s’ajoute une perte de confiance mondiale qui affecte le moral des voyageurs : préoccupations en matière de sécurité, crainte de se retrouver bloqués et attentisme marqué en ce qui concerne les décisions de voyage.

Ces aspects sont confirmés par le sondage éclair réalisé par ST du 29 au 31 mars 2026 auprès de partenaires de la branche (143 réponses complètes) pour la deuxième quinzaine de mars:

Sans surprise, ce sont les pays du Golfe qui sont les marchés les plus durement et les plus directement touchés. Situés à proximité de la zone de conflit, ils enregistrent une baisse moyenne des réservations de 46% par rapport à l’année précédente.

Les marchés fortement dépendants des hubs du Golfe (Dubaï, Abu Dhabi, Doha) sont également très impactés. Pour la région Asie-Pacifique (APAC), l’enquête de ST montre une baisse des réservations de 33% en moyenne. Outre la connectivité aérienne, la réduction des budgets de voyage due à la hausse des prix de l’énergie et du coût de la vie joue ici aussi un rôle croissant.

Un ralentissement est également perceptible pour tout le continent américain: -12% en moyenne. Bien que les États-Unis ne soient pas directement touchés par les restrictions aériennes, on observe une incertitude générale croissante en matière de décisions de voyage. Le marché des États-Unis réagit plus fortement que prévu initialement. Dans les marchés européens on constate une attitude résolument attentiste (“wait and see”).

La tendance dominante sur l’ensemble des marchés est le report de séjours plutôt que leur annulation: les voyageurs qui avaient prévu des séjours à l’est de la Méditerranée ou au Proche-Orient recherchent des alternatives – ouest de la Méditerranée, Caraïbes, voyages dans leur propre pays. En Europe, la Suisse, en tant que destination haut de gamme proche et sûre, est bien positionnée pour tirer parti de cet effet de report.

Pour le marché intérieur suisse, l’enquête dresse un tableau contrasté : +6% en moyenne. La grande dispersion des résultats reflète l’exposition variable selon les différents prestataires.

L’attentisme semble également se faire sentir sur le marché suisse. 41% des entreprises de la branche interrogées n’ont, pour l’instant, prévu aucun changement dans leurs stratégies ou leurs budgets. 30% prévoient toutefois d’en faire bientôt, tandis que 24% déclarent avoir déjà procédé à des ajustements.

Une chose est sûre : plus le conflit se prolonge, plus les répercussions, déjà perceptibles aujourd’hui, deviennent structurelles. Ce ne sont pas seulement des annulations, mais aussi l’absence de nouvelles réservations en provenance des marchés lointains qui marquent de plus en plus le tableau.

Toutefois, selon les estimations de ST, aucune diminution spectaculaire du nombre de nuitées n’est pas à prévoir pour l’ensemble de la Suisse après la très bonne année 2025. En fonction de leur orientation stratégique, des répercussions importantes se feront toutefois sentir dans diverses destinations ou chez certains prestataires.